Actualité
Cette page contient des informations sur l'actualité autour de Richard Wagner. Pour les représentations et retransmissions à venir consultez le calendrier
Le film"Celle qui aimait Wagner" sera sur les écrans en mai 2011

Découvrez Roberto Alagna sur le tournage du film "Celle qui aimait Richard Wagner" sur Culturebox !
LOHENGRIN A BAYREUTH : Un spectacle plus ou moins comique sur la musique de Wagner mais qui n'a rien à voir avec l'oeuvre dont vous avez la présentation sur le site.
Voici le compte -rendu de Klaus Haering qui a assisté à la Générale
"Drôle, clair, coloré et beaucoup, beaucoup de rats. Des blancs et des bruns. Et puis il y en a des rosés (des souris) qui amènent les meilleurs éléments comiques.
Je pense que jamais on a autant ri pour une représentation de Lohengrin.
Les chanteurs ainsi que le choeur étaient tout simplement
uniques. Là tout va bien. Une Ortrud magnifique ! Au moins hier,
même si Elsa a du être remplacée à la fin ( suite à un malaise
en coulisses) Le metteur en scène lui-même a troublé la représentation
car il intervenait sans cesse et de façon extrêmement vulgaire ( personne ne
savait d’ailleurs qui était celui qui criait) , .
Bon, les rongeurs étaient en majorité joués par les chanteurs ( le chœur). Avec
de superbes mains et pieds de rats. Il y avait aussi des figurants
au milieu. Je pense que les animaux roses n’étaient pas
des chanteurs. Les rôles principaux n’étaient pas déguisés en rats mais en
personnes « normales ». Le roi a une petite couronne noire. En outre il y a des
employés de laboratoire qui s’activent ça et là pour enfermer les rats, les
transférer ou accomplir un travail de nettoyage. Il ont l’air de médecins en
salle d’opération. Ce ne sont pas des chanteurs ( ils ont des masques de
protection sur la bouche ).
Les mouvements des rongeurs sont bien réglés. Ils ont l’air réels, même
lorsque c’est à la verticale. Il arrive que certains marchent sur une queue, si
bien qu’elle est arrachée (probablement pas intentionnellement). On les montre
aussi souvent en train de se nettoyer le museau ou de gratter.
La tête est un grillage en forme de tête de rat avec des yeux en verre rouges qui font de l’effet en brillant dans l’obscurité. Les hommes sont foncés, les femmes, blanches. Tous les rats ont un numéro dans le dos.
Le décor ressemble en partie à un grand gruyère. Les fenêtres sont des ronds de taille différentes irrégulières. A gauche et à droite il y a des éléments de bâtiments qui ne changent pas au cours des 3 actes, clairs et équipés de nombreux tubes néons qui sont à leur point le plus lumineux lorsque Elsa est présente ( c’est ce qu’il m’a semblé).
De nouveaux éléments y sont rajoutés comme par exemple pour
la chambre nuptiale. Il y a aussi souvent trois cercles de néon clairs en haut (
lampes de laboratoires?). De temps en temps ( Miracle ! miracle !) descendent
des crochets des plafonds, où on dépose un costume de rat (seul les pieds et les
mains restent ceux des rats). A l’occasion on voit aussi des cages.
Par 3 fois, un écran descend où on voit un dessin animé
avec des rats pendant l’action, qui doit montrer la « vérité 1 et 2 ».
La fin avec la transformation du cygne est moins drôle et en fait très
dégoûtante . Lohengrin va chercher dans un gros œuf de cygne un nouveau-né avec
son cordon ombilical, il est couvert de veines
de restes du placenta . Il a une tête de mongolien, un gros ventre et a
l’air d’un mélange d’Alien, d’E.T. et de Gollum . “Le duc de Brabant“ déchire
son cordon ombilical et le distribue aux brabants et Saxons autour
de lui; ils étaient dans les actes précédents des
rats et maintenant portent un emblème de cygne sur le dos et une ceinture
avec un grand“L ».
Plutôt étrange pour un Lohengrin, pour moi intéressant mais quelque chose
d’autre. Rien à voir avec Lohengrin, pas du tout fidèle à l’œuvre.
"
Klaus Haering ( traduction: Odile Steller)
Mon commentaire: Il semble qu'à Bayreuth désormais, le terme de Werkstatt "atelier" soit compris dans un autre sens que celui que lui avait donné Wieland Wagner. Ce ne sont plus des oeuvres de Wagner que l'on donne avec une lecture intéressante mais des spectacles d'élucubrations en utilisant la musique, les chanteurs. Pourtant il est possible de faire du nouveau tout en respectant l'esprit de l'oeuvre. Je pense à la mise en scène de Valence de la Tétralogie signée Carlus Padrissa et la compagnie la Fura dels Baus. Là il y avait de l'inventivité sans dénaturer le Ring. Mais tout le monde n'en est pas capable, alors on cherche juste à faire parler de soi ......
Odile Steller
RICHARD WAGNER POUR LES
ENFANTS : TANNHÄUSER
A l’occasion du projet „ Richard Wagner pour les enfants“,
le Festival de Bayreuth présente
pour la saison 2010 une nouvelle production d’une
oeuvre de Richard Wagner dans une version adaptée pour les enfants
de l'Opéra " Tannhäuser et le concours de chant de la Wartburg" . La Première
a eu lieu le jour de
l’Ouverture du Festival de Bayreuth le samedi 25 juillet 2009 à 12h30 sur la
scène de répétition IV aménagée pour l’Opéra pour enfants. La production
s’adresse aux enfants de 6 à 10 ans.
Le programme de l’Opéra pour enfants est réalisé en coopération avec l’Institut de Recherche pour le Théâtre musical FIMT à Thurnau .
Notre ami Klaus Häring participe par ses dessins du GREEN HILLTOONS à ce projet pour enfants
Plus d’informations sur le projet: www.bayreuther-festspiele.de
RICHARD WAGNER POUR LES ENFANTS :
LE VAISSEAU FANTÔME
Le Festival de Bayreuth a présenté pour la première fois lors de la saison 2009
une nouvelle production d’une oeuvre de Richard Wagner dans une version adaptée
pour les enfants. A l’occasion du projet „ Richard Wagner pour les enfants“
la Première a eu lieu le jour de
l’Ouverture du Festival de Bayreuth le samedi 25 juillet 2009 à 12h30 sur la
scène de répétition IV aménagée pour l’Opéra pour enfants. La production
s’adresse aux enfants de 6 à 10 ans.
Le programme de l’Opéra pour enfants est réalisé en coopération avec l’Institut de Recherche pour le Théâtre musical FIMT à Thurnau .
Notre ami Klaus Häring participe par ses dessins du GREEN HILLTOONS à ce projet pour enfants
Plus d’informations sur le projet: www.bayreuther-festspiele.de
cliquez sur l'image pour voir la présentation

Direction musicale: Marc Minkowski
Mise en scène Emilio
Sagi
Décors Daniel Bianco
Ada : Christiane Libor, Deborah Mayer
Lora : Lina Tetruashvili
Arindal : William Joyner, David Curry
Gernot : Laurent Naouri
Farzana : Salomé Haller
Zemira : Eduarda Melo
Morald : Laurent Alvaro
Drolla : Judith Gauthier
Le Roi des Fées, Groma : Nicolas Testé
Gunther : Brad Cooper
Les Musiciens du Louvre – Grenoble
Chœur des Musiciens du Louvre – Grenoble
Création scénique en France.
Représentations : 27 et 29 mars, 1, 4, 7 et 9 avril
Consultez la présentation des Fées dans la rubrique Opéras de Jeunesse du site
Un article sur Les fées dans Classiquenews
Une critique de Pierre-Jean Rémy après la première sur Canalacadémie
Un compte rendu sur Fomalhaut
Une critique de Yannick Millon sur Altamusica
Tristan und Isolde à l'opéra de Zurich (décembre 2008)
Voir Tristan und Isolde (le 14/12/ 2008) à l’opéra de Zürich génère une émotion bien particulière qui tient au fait que Wagner conçut cette œuvre majeure et en réalisa plus de la moitié, à quelques mètres de là, de l’autre côté du lac. C’est également à Zürich qu’intervint l’épisode de sa passion pour Mathilde Wesendonck qui, s’il fut sans grand impact pour son œuvre fut déterminant pour la suite de son existence.
Est-ce cette proximité qui a influencé le « dramaturge » de cette reprise , Claus Guth, et son décorateur ? Quoiqu’il en soit, ce Tristan narre l’affaire Wesendonck. Au premier acte, nous sommes dans la maison d’Otto où Isolde-Mathilde attend la cérémonie nuptiale entre ses meubles Louis quinze-Biedermeier et un mannequin portant sa robe de mariée. La scène tournante nous permet de visiter la maison en même temps que de passer de Tristan à Isolde et d’aller au jardin d’hiver où Tristan et Isolde se cherchent entre les chamérops, après avoir bu le filtre. Le second acte se veut onirique et le « - Isolde – Tristan – Geliebter ! » se chante dans une salle de banquet bourrée d’invités en frac, Isolde regardant Tristan par dessus son épaule. Au cours du reste du duo Tristan, Isolde et Brangäne se cherchent en passant de pièce en pièce dans la maison Wesendonck. C’est sur la table du banquet que s’accomplit l’acte significatif. Autour de cette même table, le conseil de famille, verre en main, juge Tristan...et la scène tourne. Au troisième acte, où on devine les murs d’un palais vénitien rongé d’humidité, un Kurvenal pochard joue avec les mégots en surveillant un Tristan atteint de folie. On visite le palais grâce à la scène tournante. Tristan et Isolde meurent sur la table de l’acte significatif que Marke a du apporter dans ses bagages. Isolde morte, Marke s’en va lentement en regardant longuement une Brangäne qui, en retour est visiblement attirée par le tonton...et la scène tourne encore. Il y a eu, depuis quelques temps, beaucoup de mises en scène de Tristan, celle-ci à un mérite : elle possède le record des contresens. Le mythe éternel devient un vaudeville grand bourgeois. A la différence de ceux de Feydeau, celui-ci finit mal. Le duo du second acte, le fabuleux troisième acte ne sont plus qu’une succession de petites scènes pittoresques. Tous les dramaturges contemporains n’ont pas la vision novatrice et le sens de la beauté plastique dans le respect de l’œuvre d’un Patrice Chéreau ou même de Peter Sellars.
Vocalement, le quatuor constitué par les deux héros et leurs confidents reste un grand moment de l’interprétation wagnérienne. D’abord Nina Stemme est Isolde, dans tous les sens du terme. Voix exceptionnelle dont on rêvait, depuis 50 ans, en écoutant les enregistrements de Kirsten Flagstad. La voix de Stemme dotée d’un médium large et bien assis, possède un grave naturel, large et chaleureux, exempt des sons de poitrine et des détimbrages d’une Nilsson. L’aigu est percutant et d’une pureté absolue. Quant à la puissance, il suffit de se souvenir du « Brangaene, wo sind wir ? » qui d’entrée, cloue littéralement le spectateur à son siège. Qu’une telle voix soit capable de notes filées, de colorations et de finesse là ou d’autres économisent leurs forces, tient du miracle. C’est vocalement et musicalement que Stemme construit son Isolde, indépendamment des fantaisies des régisseurs car c’est, avant tout la musicalité qui caractérise cette interprétation. Scéniquement, Nina Stemme est une Isolde tout à fait vraisemblable. Il faut encore rendre hommage à l’excellente comédienne qui se plie aux indications du metteur en scène sans entraver l’émission sonore. Oui, nous admirions et nous admirons encore Mödl, Varnay, Nilsson, Behrens, Kuchta, Grob-Prandl, Dernesch qui chacune avait des qualités du rôle. Mödl avait son médium et son grave et la sensualité de l’interprétation, Nilsson avait un aigu percutant et un médium solide avec une incapacité à marquer les nuances de la partition. J’étais trop jeune pour entendre Flagstad, mais pour avoir entendu celles qui lui ont succédé, il me semble bien que Stemme est la seule qui soit digne de lui être comparée.
A côté d’elle Ian Storey est un Tristan plus introverti que vaillant, plus douloureux que révolté mais toujours d’une musicalité parfaite. Le timbre sombre évoque celui d’un baryton. L’aigu facile et souvent percute lorsqu’il est nécessaire. Le vibrato qui inquiète au premier acte – comme dans son interprétation à la Scala voici un an- est maîtrisé au second. Storey a assez de réserve pour donner un superbe troisième acte. Saluons un artiste qui, sans tricher, sait choisir les facettes du rôle qui conviennent à ses possibilités.
La Brangäne de Michelle Breedt surprend par sa ressemblance avec Isolde. Beauté de timbre, puissance, musicalité sans défaut caractérisent cette interprète qui pourrait, un jour, compte tenu des proximités entre les registres d’Isolde et de sa confidente, devenir une Isolde intéressante. Martin Gantner – Kurvenal – rappelle par le timbre mais aussi par la diction, le jeune Fischer-Dieskau de l’interprétation de Furtwängler. Ici encore, musicalité d’exception et cela, avec d’autant plus de mérite que la mise en scène incitait au laisser aller. Chanter ce rôle au troisième acte en jouant un pochard sans aucun lien avec le poème et la musique frôle l’exploit. Martin Zysset – le pâtre – Marcell Bakonyi – le matelot – ont su s’imposer dans ces interventions épisodiques. Quel dommage que le Marke d’Alfred Muff, de noble prestance ait importuné par une maîtrise vocale insuffisante : sons détimbrés, ligne mélodique incertaine.
Les cordes de l’orchestre de l’opéra de Zürich ont atteint ce soir là des sommets. Quel dommage que les cuivres aient oscillé entre un son cotonneux et une omniprésence gênante. Sans doute, le chef, Ingo Metzmacher y est-il pour quelque chose. La coordination des chœurs et de l’orchestre à la fin du premier acte laissait à désirer. Un défaut de tempo aux premières mesure de la mort d’Isolde auraient pu déstabiliser moins musicienne que Nina Stemme. Si le chef avait été attentif à la partition, il aurait su que la musique joyeuse jouée par le pâtre était une musique de scène, fondue dans la masse orchestrale et non cette fanfare assourdissante qu’il nous fit asséner depuis les loges de balcon. Où est le charme de l’instrument campagnard réclamé par Wagner au bas de la première page de la partition ? Ingo Metzmacher, comme beaucoup de chefs contemporains hésite à se confronter à la richesse de la polyphonie orchestrale. Pour faire plus clair et plus lisible, il choisit un thème qu’il met en valeur au détriment du reste de l’orchestration et de la dynamique et cela, au mépris des indications d’accentuation de la partition. Il en résulte un gauchissement de l’œuvre. Dans le cas de Tristan, le choix de mettre en évidence les motifs les moins chromatiques conduit à une romantisation excessive de l’œuvre qui ne permet pas de comprendre l’impact déterminant qu’elle a eu sur la naissance de la musique contemporaine.
Une critique intéressante de Manuel Atréide: lire l'article sur Orsérie
La critique de Pierre Roubertoux :
Parsifal n’est pas le moins représenté des opéras de Wagner à l’Opéra Bastille. Une production datant déjà de plusieurs années avait ravi les mélomanes, en dépit de distributions inégales mais avec des jours de grâce telle cette matinée dirigée par Armin Jordan. La récente reprise de l’opéra de Paris aurait pu se hisser au rang des grandes représentations wagnériennes. La distribution était de premier plan mais hélas ni la direction d’orchestre ni la mise en scène n’étaient dignes du chef d’œuvre qu’elles étaient sensé servir.
Oui, vocalement et prise dans son ensemble, le plateau se classe parmi les tout premiers des quelques quarante Parsifal que j’ai vus. Il faut se convaincre de ce que, même au nouveau Bayreuth de mes vingt ans, de 1957 à 1965, les distributions miraculeuses qu’on trouve dans les enregistrements n’étaient pas toujours sur scène. Hotter était, en août, souvent persécuté par un rhume des foins tenace, Windgassen montrait une fatigue compréhensible après deux Siegfried et un Tristan quand les circonstances ne le contraignaient pas à rajouter un Loge. Non, la distribution de l’opéra Bastille nous convainc, après le remarquable Tannhäuser de la fin de 2007 que la décadence du chant wagnérien reste un mythe secrété par des esprits chagrins. Et puis, disons le franchement, les chanteurs wagnériens chantent aujourd’hui mieux (plus musicalement qu’il y a cinquante ans). Quelques noms immenses font oublier un ordinaire assez médiocre.
Premier de tous Franz Josef Selig est un Gurnemanz comme nous en attendions depuis longtemps. Voici un chanteur qui a fait le pèlerinage des oratorios de Bach, de Haendel et du lied. La puissance, la beauté du timbre, l’homogénéité de la voix depuis le grave jusqu’à l’aigu ne seraient rien sans sa qualité première : la musicalité. Son phrasé parfait, son sens du verbe, les nuances qu’il apporte donnent raison à qui disait « Il n’y a pas de longueur chez Wagner, il n’y a que des chanteurs ennuyeux ». Pas un instant l’ennui ne nous a surpris le long des longs passages confiés à Gurnemanz. Admirable Karfreitag-Zauber, tout en délicatesse et recueillement malgré le contexte peu propice. L’Amfortas d’Alexander Marco-Buhrmester – lui aussi s’adonne au lied – est une délectation de musicalité (phrasé, sens des nuances). On regrette seulement que les béquilles dont l’affuble le metteur en scène limitent la dimension scénique du personnage et surtout gêne l’émission vocale. La couleur de voix est plus claire que celles qu’on a coutume d’entendre dans ce rôle et contraste avec celle de Gurnemanz. La plainte du dernier acte reste un peu en deçà du registre émotionnel qu’on attend. Certes, le chant est beau mais la projection manque un peu. Il faut en absoudre l’interprète que la mise en scène n’incitait peut être pas à la dimension pathétique. Evgeny Nikitin est vocalement un excellent Klingsor. On confie trop souvent ce rôle à des voix rocailleuses. Trop de chanteurs y rajoutent des grimaces vocales inutiles, la musique dit ce qu’il faut. Nikitin donne une interprétation musicalement expressive. Ses prestations antérieures devraient nous inciter à suivre attentivement sa trajectoire wagnérienne. Parsifal est confié à l’excellent Christopher Ventris. On ne peut analyser la caractérisation du personnage dans le contexte scénique présent. La voix est celle qu’on attend dans ce rôle au registre tendu avec des graves qui disqualifient beaucoup de chanteurs à la scène. Le registre est d’une belle homogénéité ; voix juvénile. Les accents du second acte restent très réservés dans l’émoi sensuel mais le pathétique de la prise de conscience du lien entre Kundry et la blessure d’Amfortas bouleverse. Le passage au registre vocalement plus grave du dernier acte se fait sans sons poitrinés et sans coups de gorge. La dimension mystique qu’impose la partition et qui manque à la plupart des Parsifal aujourd’hui émerge nettement. Victor von Halem pour les quelques mesures de Titurel, c’est du luxe mais un luxe nécessaire dans cette distribution de choix. On regrettera seulement que le metteur en scène l’ait placé sur une chaise roulante qui suscite les fous-rires. Il se joue de ce véhicule avec dextérité même au bord de la fosse d’orchestre. Kundry c’est Waltraud Meier que nous avions admirée dans Isolde voici deux ans, dans Ortrud il y a un an, à ce même opéra Bastille. Kundry est son meilleur rôle, c’est effectivement une mezzo dotée d’un registre élevé. Je sais qu’il est de coutume de guetter les fissures dans l’aigu des cantatrices pour en prédire le déclin. Tâche mesquine de ces critiques qui confondent la musique et la tauromachie. Le miracle est que la musicalité de l’interprète et l’émotion qui se dégage de la ligne vocale font qu’on ne prend pas garde aux rares imperfections formelles qui pourraient exister. La science des colorations est là, comparable à celle de Mödl et qui faisait défaut à Crespin. L’émission est parfaitement adaptée au chant wagnérien avec la diction indispensable à la projection. La ligne directrice du rôle est en place, avec les nuances qu’exige la partition. Pas de sort à certains « airs » : « le lied d’Herzeleide » s’intègre dans la conception générale du rôle, elle ne lui fait pas de « sort » particulier, elle ne le minaude pas comme tant de Kundry contemporaines. Pour en finir avec les voix, il faut noter l’excellence des chevaliers et surtout le choix des timbres contrastés des filles fleurs et leur musicalité parfaite.
Tout se gâte avec la direction d’orchestre. Certes l’orchestre de l’Opéra de Paris atteint souvent des sommets, comme l’ont montrées ses performances avec Osawa, Salonen, Gergiev. Les solistes ne sont pas en cause et les différents pupitres sonnent merveilleusement. Dans un entretien à un mensuel, le chef Hartmut Haenchen explique qu’il est nécessaire d’adapter Parsifal à sa sortie de la fosse de Bayreuth. Il en résulte ici une compétition des vents qui dénature la signification du premier prélude. Les cordes sont souvent noyées sous un flot très « Frieda Umppa » dans la pire tradition. Les musiques de « transformation » rythmées par de violents coups de grosse caisse revêtent l’aspect d’un défilé de rue. La musique du Karfreitag Zauber est défigurée par le maniérisme imposée à la petite harmonie. Les chœurs de l’Opéra de si haute qualité, qu’on avait acclamé dans Tannhäuser se montrent confus dans les parties chorales traduisant le désarroi devant la mort de Titurel et le refus d’Amfortas. Les chœurs d’enfant tombant de la coupole ne suivent pas l’indication de « à peine perceptibles » de Wagner. Oh ! Souvenir d’Armin Jordan…
La mise en scène de Krzysztof Warlikowski remporte une compétition difficile, celle de la laideur et du grotesque. Gurnemanz et les chevaliers attendent sur des chaises des plastique le résultat de l’intervention menée sur Amfortas qu’on voit bardé le cathéters, éclairé de rouge, derrière un voile – transfusion de sang ? SIDA ? -. Parsifal arrive dans le bloc, tenant un cygne, plus gros que lui et qui saigne. On passe ensuite à Montsalvat : un amphi de dissection gris. Le château de Klingsor se situe dans un cabaret Belle-Epoque, les filles fleur sont des entraîneuses qui déshabillent Parsifal qui nous apparaît dans tout l’éclat de son caleçon de flanelle et de son « marcel ». Kundry l’aide à remettre son pantalon. Retour à la hutte de Gurnemanz : il est avec Kundry ; un petit garçon l’aide à arroser son potager. Le Karfreitag Zauber s’achève par une séance de désherbage à laquelle se livre Gurnemanz. Le Graal est découvert, bouteille de vin que partagent Amfortas, Parsifal et Kundry. Ils vivront tous trois en bonne intelligence. Auront-ils beaucoup d’enfants ? Deux beaux moments dans ce fatras : l’entrée de Kundry en robe grenat au second acte et l’arrivée de Parsifal sous la neige. Une bonne idée : la division de la scène en deux lieux : l’un d’où vient Parsifal et où tombe la neige, l’autre près de la hutte de Gurnemanz où le printemps fleurit.
On pouvait déplorer la mise en scène de Tristan und Isolde par Sellars à Paris, voici deux ans, au moins, il y avait une direction d’acteurs ; elle est totalement absente ici. Certains spectateurs s’indignaient des huées qui avaient accueilli le metteur en scène et évoquaient les audaces de Chéreau. Amalgame : Chéreau a interprété, il n’est jamais allé à contresens. Et, qu’on adhère ou non à son interprétation, il est une qualité qu’on ne lui ôtera jamais : la beauté plastique. Mais ni le chef, ni le metteur en scène n’avaient été initialement prévus pour ce spectacle (voir entretien de Waltraud Meier à Opéra Magazine) , ce qui explique qu’on soit passé deux fois à côté de la réussite.
Pierre L. Roubertoux

Un magnifique concert à Nice :lire l'article sur Nice Premium

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